Santé

Malnutrition : le retard de croissance qui hypothèque l'avenir

Malnutrition : le retard de croissance qui hypothèque l'avenir

Il y a une forme de malnutrition qui ne se voit pas. L'enfant n'a pas l'air malade, il ne maigrit pas de façon spectaculaire, il grandit simplement moins vite qu'il ne le devrait, et pour toujours. C'est le retard de croissance (stunting), et il frappe aujourd'hui 150,2 millions d'enfants de moins de cinq ans dans le monde, soit 23,2 % de cette tranche d'âge (JME 2025). L'Afrique de l'Ouest en concentre une part disproportionnée : environ un enfant sur trois y est atteint, jusqu'à 47,7 % au Niger. Ce n'est pas une statistique sanitaire parmi d'autres. C'est une amputation du capital humain qui se décide avant le deuxième anniversaire de l'enfant, qui devient irréversible passé ce cap, et qui se paie ensuite pendant toute une vie, en apprentissages, en revenus et en croissance nationale. La question n'est pas de savoir si la région peut vaincre ce fléau, d'autres l'ont fait, mais si elle décide de mesurer où il frappe pour l'y combattre.

Une région parmi les plus touchées, mais des écarts internes vertigineux

L'Afrique de l'Ouest reste l'une des sous-régions les plus affectées de la planète. La prévalence moyenne du retard de croissance y avoisine un enfant sur trois, très au-dessus de la moyenne mondiale de 23,2 % (JME 2025). Mais derrière ce constat régional se cache une dispersion saisissante. Le Niger culmine à 47,7 % (2022), soit le taux le plus élevé des neuf pays de référence, quand le Ghana (17,4 %) et le Sénégal (17,5 %) descendent sous la barre d'un enfant sur cinq. Entre le premier et le dernier, le rapport est de près de un à trois. Le Bénin, à 34,1 % (2021), figure dans le peloton de tête des pays à forte prévalence, aux côtés du Nigeria (33,8 %). Autrement dit, deux pays voisins peuvent afficher des taux du simple au triple sous des climats et des sols comparables. Cette hiérarchie ne raconte pas une fatalité géographique : elle raconte des choix de politique nutritionnelle et de santé publique.

Retard de croissance chez les moins de 5 ans : classement des pays d'Afrique de l'Ouest%Niger47.7Bénin34.1Nigeria33.8Mali25.1Togo23.8Côte d'Ivoire23.4Burkina Faso21.1Sénégal17.5Ghana17.4Source : Banque Mondiale / JME (année la plus récente par pays, 2017-2024)
Un rapport de près de un à trois sépare le Niger du Ghana. Le Bénin (34,1 %) se classe au deuxième rang de l'échantillon, très au-dessus de voisins aux conditions naturelles proches. La géographie du retard de croissance épouse celle des politiques nutritionnelles, pas celle des pluies.

Le silence du stunting : pourquoi il échappe si longtemps au regard

La malnutrition infantile a trois visages, et ils n'ont ni la même visibilité ni la même urgence. L'émaciation (wasting), la forme aiguë, se voit : l'enfant est trop maigre pour sa taille, il est en danger de mort immédiat, elle appelle une prise en charge d'urgence. L'insuffisance pondérale (underweight) combine les deux dimensions. Le retard de croissance, lui, est trop petit pour son âge, et c'est précisément ce qui le rend redoutable : un enfant rabougri peut paraître en bonne santé, jouer, sourire, ne susciter aucune alarme. Le drame se joue en sourdine, dans les tissus et le cerveau, sans signal clinique évident. C'est cette invisibilité qui retarde la prise en charge et fait du stunting le parent pauvre des politiques d'urgence, alors qu'il est de loin le plus répandu.

Les trois visages de la malnutrition infantile (moins de 5 ans), données les plus récentes%020406047.7Niger34.1Bénin33.8Nigeria17.5Sénégal17.4GhanaSource : Banque Mondiale / JME, 2017-2024
Dans chaque pays, le retard de croissance domine largement les deux autres formes. C'est la manifestation la plus massive de la malnutrition, et pourtant la moins visible cliniquement : sa fréquence élevée contraste avec le peu d'urgence qu'il déclenche, faute de signal apparent.

Les mille jours : une fenêtre étroite, et qui ne se rouvre pas

Tout se joue dans les 1000 premiers jours, de la conception au deuxième anniversaire. C'est la période où le cerveau et le corps se construisent le plus vite, où chaque carence laisse une empreinte durable. Passé ce cap, le retard accumulé devient en grande partie irréversible : on ne rattrape pas une croissance manquée comme on rattrape un retard scolaire. Cette fenêtre étroite change tout pour l'action publique. Elle signifie qu'une intervention arrivée trop tard, à cinq ou six ans, ne répare rien. Elle signifie aussi que l'investissement nutritionnel a une date de péremption : le franc dépensé pendant la grossesse et les deux premières années de vie a un rendement sans commune mesure avec le même franc dépensé plus tard. Cibler les mille jours n'est pas une préférence, c'est la seule stratégie qui fonctionne.

Les causes de ce retard sont connues, et elles se cumulent. Une alimentation maternelle et infantile pauvre, en quantité comme en diversité, prive l'enfant des nutriments de la croissance. Les maladies infectieuses à répétition (diarrhées, paludisme) détournent l'énergie disponible et détruisent les acquis nutritionnels. L'eau non potable et le défaut d'assainissement entretiennent ce cycle d'infections. Aucun de ces facteurs n'est une fatalité : chacun se combat avec des moyens éprouvés. Mais parce qu'ils agissent ensemble, ils exigent une réponse coordonnée, à la croisée de la santé, de la nutrition et de l'accès à l'eau, et donc un pilotage capable de suivre plusieurs leviers à la fois.

Le retard de croissance se décide avant le deuxième anniversaire et ne se rattrape plus. C'est la seule catastrophe sanitaire dont on connaît d'avance la fenêtre exacte, et qu'on laisse pourtant se refermer.

Le Ghana et le Sénégal ont divisé leur taux par deux : la preuve par les faits

Le meilleur antidote au fatalisme est la comparaison des trajectoires. Le Ghana a fait passer son taux de retard de croissance de 35,5 % en 2003 à 17,4 % en 2022 : une division par deux en une génération. Le Sénégal a suivi un chemin parallèle, de 26 % en 2000 à 17,5 % en 2023. Ces deux pays montrent qu'un recul rapide et durable est possible, sans miracle technologique, par une combinaison patiente d'accès aux soins primaires, de promotion de l'allaitement et de l'alimentation du jeune enfant, et d'amélioration de l'eau et de l'assainissement. À l'inverse, le Niger reste ancré au-dessus de 47 %, et le Bénin oscille depuis 2001 autour d'un tiers des enfants, sans tendance de progrès. La divergence de ces courbes ne s'explique pas par le climat ni même par le seul niveau de richesse : elle mesure l'intensité et la constance de l'effort de santé publique.

Retard de croissance chez les moins de 5 ans : trajectoires 2000-2024%BéninGhanaSénégalNiger020406020012008201420182021Source : Banque Mondiale (SH.STA.STNT.ZS), Joint Malnutrition Estimates
Le Ghana et le Sénégal partaient d'un niveau proche du Bénin (autour d'un tiers ou d'un quart des enfants) et l'ont divisé par deux. Le Bénin, lui, fait du surplace depuis 2001. Vingt ans de politiques différentes ont creusé un fossé que rien dans la nature n'imposait.

Le cas béninois est celui d'une stagnation qui dure. Depuis 2001, le taux national n'est jamais descendu durablement sous le seuil d'un enfant sur trois : 36,2 % en 2001, 32,2 % en 2018, puis une remontée à 34,1 % en 2021. Vingt ans sans percée, quand des voisins comparables gagnaient dix-huit points. Cette inertie a un coût qui ne se voit pas dans les comptes de l'année, mais qui s'accumule silencieusement dans une génération d'enfants dont le potentiel cognitif et productif est durablement entamé.

Ce que les moyennes nationales cachent : une fracture sociale brutale

Un taux national est une moyenne, et les moyennes anesthésient. Derrière les 33,8 % du Nigeria se cache une fracture qui devrait être au centre de toute politique nutritionnelle. Selon l'EDS 2023-2024, le retard de croissance frappe 55,9 % des enfants du quintile le plus pauvre contre seulement 14,7 % du quintile le plus riche : un écart de 41 points, plus de un enfant pauvre sur deux contre à peine plus de un enfant riche sur sept. Le Bénin présente la même fracture, de 41,2 % chez les plus pauvres à 18,6 % chez les plus riches (EDS 2017-2018). Le retard de croissance n'est pas également réparti : c'est d'abord une maladie de la pauvreté, et le taux national en dit trop peu pour guider l'action.

Nigeria : le retard de croissance selon le niveau de richesse du ménage (EDS 2023-24)%Quintile le pluspauvre55.92e quintile52.5Quintile médian41.14e quintile30Quintile le plusriche14.7Source : DHS StatCompiler, EDS Nigeria 2023-24
Le taux national du Nigeria (33,8 %) est un point moyen entre deux réalités qui n'ont presque rien en commun. Passer du quintile le plus riche au plus pauvre, c'est multiplier par près de quatre le risque de retard de croissance. C'est cette réalité désagrégée, et non la moyenne, qui indique où concentrer l'effort.

Plus troublant encore : cette fracture s'élargit avec le temps. Au Nigeria, sur vingt ans, les enfants du quintile le plus riche ont vu leur taux reculer de 20,2 % (2003) à 14,7 % (2024), tandis que ceux du quintile le plus pauvre stagnaient au-dessus de 52 %, jusqu'à 55,9 % en 2024. Le progrès national, tel qu'il est, a profité aux enfants déjà avantagés et laissé les autres sur place. C'est le rappel que la croissance économique, à elle seule, ne referme pas l'écart nutritionnel : sans ciblage explicite des populations les plus exposées, elle peut même le creuser.

L'ascenseur social contre le retard de croissance : Nigeria, écart entre quintiles extrêmes%Quintile le plus pauvreQuintile le plus riche020406020032008201320182024Source : DHS StatCompiler, EDS Nigeria 2003 à 2023-24
Deux courbes qui s'écartent au lieu de converger. En vingt ans, les plus riches ont amélioré leur sort de plus de cinq points quand les plus pauvres reculaient. Le progrès moyen masque une inégalité qui se durcit : preuve que sans ciblage, la croissance ne suffit pas.

Le coût de l'inaction : un impôt invisible sur le capital humain

Le retard de croissance n'est pas seulement un drame sanitaire : c'est un frein économique chiffrable. À l'échelle individuelle, il est associé à une réduction de la capacité de gain à l'âge adulte pouvant atteindre 22 %, par le double canal de moindres années de scolarité et de capacités cognitives amoindries (Population Reference Bureau). Un enfant rabougri devient statistiquement un adulte qui apprend moins, gagne moins et produit moins. À l'échelle des nations, l'étude Cost of Hunger in Africa (Union africaine, CEA, NEPAD, PAM) a chiffré ces pertes : 2,6 milliards USD par an au Ghana, soit 6,4 % de son PIB, et jusqu'à 16,5 % en Éthiopie. À l'échelle du continent, une revue de la littérature économique estime que le retard de croissance aurait amputé le PIB par habitant de l'Afrique d'environ 10 %. Ces chiffres varient selon les méthodes et méritent d'être maniés avec prudence, mais l'ordre de grandeur est robuste : la malnutrition infantile coûte des points de PIB, année après année.

Enfants de moins de 5 ans touchés par le retard de croissance au Niger47.7%des enfants de moins de 5 ans (Niger)Source : Banque Mondiale / JME, 2022
Près d'un enfant sur deux au Niger est privé de son plein potentiel de croissance dès la petite enfance. À l'échelle d'un pays, c'est une cohorte entière dont la productivité future est entamée avant même l'entrée à l'école.

Le prix de l'inaction se lit aussi dans l'indice de capital humain de la Banque Mondiale, qui mesure ce qu'un enfant né aujourd'hui atteindra de son potentiel productif, santé et éducation comprises. Le Niger et le Mali affichent un indice de 0,32 sur 1 : un enfant qui y naît n'atteindra qu'environ 32 % de ce qu'il aurait pu accomplir dans des conditions optimales de santé et d'éducation. Le retard de croissance est l'une des racines de ce plafond. Il n'ampute pas seulement une génération d'enfants : il abaisse durablement la frontière de production de pays entiers, et transmet le handicap d'une décennie à l'autre.

Le budget mal ciblé : dépenser sans réduire

Face à un problème dont on connaît la fenêtre (les mille jours) et la géographie sociale (les ménages les plus pauvres), l'erreur la plus coûteuse est de dépenser à l'aveugle. Un programme nutritionnel qui distribue uniformément, sans tenir compte des écarts entre quintiles, entre régions et entre âges, gaspille une partie de son budget sur des enfants déjà hors de danger tout en manquant ceux qui en ont le plus besoin. Or c'est précisément ce que produit un pilotage fondé sur les seules moyennes nationales. Les leviers sont pourtant connus et peu coûteux : promotion de l'allaitement, supplémentation en micronutriments, prise en charge des infections, accès à l'eau potable. Leur rendement dépend moins de leur nature que de leur ciblage. Un même budget produit un recul du stunting radicalement différent selon qu'il vise les zones et les âges à fort écart ou qu'il saupoudre.

  • Le quand. L'intervention n'a de valeur que dans la fenêtre des 1000 jours ; ciblée sur les femmes enceintes et les enfants de moins de 2 ans, elle transforme ; arrivée plus tard, elle ne répare plus.
  • Le qui. L'écart de 41 points entre quintiles au Nigeria signifie qu'un franc investi auprès des ménages du quintile le plus pauvre rend bien davantage, en points de stunting évités, qu'un franc distribué uniformément.
  • Le où. Les moyennes nationales masquent des poches de prévalence infrarégionales très supérieures ; sans cartographie fine, l'investissement public ignore où se concentre le besoin.

Émaciation : la pointe visible et mortelle de l'iceberg

Si le retard de croissance est la forme la plus répandue, l'émaciation en est la plus aiguë et la plus meurtrière : un enfant trop maigre pour sa taille est en danger vital immédiat. Le Nigeria affiche le taux le plus élevé de l'échantillon (11,6 %), devant le Niger (10,9 %) et le Sénégal (10,2 %), le Bénin se situant à 8,3 %. Ces deux formes de malnutrition ne s'opposent pas, elles coexistent souvent chez le même enfant et chez les mêmes ménages, et elles partagent des causes profondes : pauvreté, insécurité alimentaire, maladies infectieuses. Une politique nutritionnelle sérieuse ne peut donc traiter l'urgence de l'émaciation sans s'attaquer, en amont et dans la durée, au terreau qui produit le retard de croissance. L'une se soigne en semaines, l'autre se prévient en années ; les deux appellent le même socle de données.

Émaciation (wasting) chez les moins de 5 ans : forme aiguë de la malnutrition%Nigeria11.6Niger10.9Sénégal10.2Burkina Faso9.3Bénin8.3Côte d'Ivoire8.1Ghana5.8Togo5.7Mali5.4Source : Banque Mondiale (SH.STA.WAST.ZS), 2017-2024
Le classement de l'émaciation ne recoupe pas exactement celui du retard de croissance : le Sénégal, exemplaire sur le stunting, reste exposé à la forme aiguë. Chaque forme de malnutrition a sa propre géographie, d'où la nécessité de les mesurer séparément plutôt que de raisonner sur un indicateur unique.

Le Bénin face à sa propre fracture sociale

Le Bénin n'échappe pas à la loi commune : sa moyenne nationale de 34,1 % recouvre des mondes séparés. L'EDS 2017-2018 montre un gradient net, de 41,2 % de retard de croissance chez les enfants du quintile le plus pauvre à 18,6 % chez ceux du quintile le plus riche, un écart de plus de vingt points. Un enfant béninois né dans un ménage pauvre a plus de deux fois plus de risques d'être rabougri qu'un enfant né dans un ménage aisé, dans le même pays, sous le même climat, avec la même offre de soins théorique. La stagnation nationale depuis vingt ans n'est donc pas une donnée homogène : elle est la somme d'un progrès chez les plus favorisés et d'un enlisement chez les plus vulnérables. Toute stratégie qui vise à faire enfin bouger le taux national devra viser d'abord ce bas de la distribution.

Bénin : le retard de croissance selon le niveau de richesse du ménage (EDS 2017-18)%020406041.2Le plus pauvre38.22e32.9Médian28.54e18.6Le plus richeSource : DHS StatCompiler, EDS Bénin 2017-18
Au Bénin comme ailleurs, la moyenne nationale (34,1 %) est un compromis trompeur. Le vrai enjeu se lit dans la marche entre le premier et le dernier quintile : plus de vingt points d'écart, soit tout l'espace d'action d'une politique nutritionnelle bien ciblée.

Un problème de données avant d'être un problème de moyens

Le fil qui relie tous ces constats est le même : on ne combat pas efficacement ce qu'on ne mesure pas finement. Le retard de croissance est un problème de données avant d'être un problème de moyens. Savoir qui (quel quintile, quel âge), (quelle commune, quel quartier) et pourquoi (alimentation, infections, eau) est la condition première pour cibler la fenêtre des mille jours là où elle compte. Or les taux nationaux, utiles pour comparer les pays, ne disent rien de l'intérieur d'un pays. La mesure anthropométrique de terrain (taille-âge, poids-taille, poids-âge), désagrégée par quintile de richesse et géolocalisée à l'échelle infranationale, est ce qui transforme un chiffre agrégé en feuille de route d'investissement.

C'est la conviction qui guide le travail du CRAD en santé publique. Le cabinet outille toute la chaîne, des enquêtes anthropométriques de terrain (mesure taille-âge, quintiles de richesse, désagrégation infranationale) jusqu'aux tableaux de bord de suivi-évaluation qui permettent aux États et aux bailleurs de piloter l'investissement nutritionnel là où le rendement en capital humain est le plus fort. Mesurer où le stunting frappe, suivre l'effet de chaque programme campagne après campagne, et réorienter les ressources vers les poches de plus forte prévalence : c'est ainsi qu'on fait passer une politique nutritionnelle de l'intention généreuse à la précision qui sauve des trajectoires de vie.

Au fond, le retard de croissance n'est pas une énigme scientifique non résolue : la santé publique sait depuis longtemps comment le prévenir. C'est un problème de constance politique et de pilotage par la donnée. Les pays qui reculent, le Ghana, le Sénégal, sont ceux qui ont tenu l'effort sur une décennie et l'ont dirigé là où il fallait. Ceux qui stagnent ne manquent pas de solutions : ils manquent d'une boussole assez précise pour viser le bon enfant, au bon endroit, au bon moment. Combler l'écart nutritionnel, c'est d'abord décider de le mesurer, quintile par quintile et commune par commune, puis de ne plus le lâcher pendant les mille jours qui décident de tout.

À retenir

  • Le retard de croissance frappe 150,2 millions d'enfants dans le monde (23,2 %) et près d'un enfant sur trois en Afrique de l'Ouest, jusqu'à 47,7 % au Niger ; le Bénin stagne à 34,1 % depuis 2001.
  • Il se joue dans les 1000 premiers jours et devient ensuite irréversible : l'investissement nutritionnel a une fenêtre étroite et une date de péremption.
  • Ce n'est pas une fatalité : le Ghana (35,5 % à 17,4 %) et le Sénégal (26 % à 17,5 %) ont divisé leur taux par deux en une génération.
  • La moyenne nationale masque une fracture sociale brutale : au Nigeria, 55,9 % des enfants les plus pauvres contre 14,7 % des plus riches, un écart de 41 points qui se creuse.
  • Le coût est chiffré : jusqu'à 22 % de capacité de gain adulte en moins, 6,4 % du PIB au Ghana, environ 10 % de PIB par habitant amputé à l'échelle de l'Afrique.

Recommandations aux décideurs ouest-africains

  1. Concentrer l'investissement nutritionnel sur la fenêtre des 1000 jours (femmes enceintes et enfants de moins de 2 ans), seule période où le retard de croissance peut être prévenu plutôt que constaté trop tard.
  2. Cibler explicitement les quintiles les plus pauvres et les régions à forte prévalence, plutôt que de distribuer uniformément : l'écart de 41 points entre quintiles montre que le rendement d'un même franc dépend d'abord de son ciblage.
  3. Bâtir des systèmes de mesure anthropométrique de terrain désagrégés par sexe, âge et quintile de richesse, et géolocalisés à l'échelle infranationale, pour cartographier les poches de stunting que les moyennes nationales dissimulent.
  4. Coordonner nutrition, santé primaire et accès à l'eau et à l'assainissement dans une même stratégie pilotée, puisque le retard de croissance résulte du cumul de ces causes et ne cède qu'à une réponse intégrée.
  5. Tenir l'effort sur une décennie et le suivre par un indicateur public opposable, sur le modèle du Ghana et du Sénégal, plutôt que par des programmes intermittents qui ne laissent aucune trace dans les courbes.
  6. Conditionner les budgets nutritionnels à des données de résultat, taux de retard de croissance effectivement mesuré par zone et par quintile, et non aux seuls moyens engagés, pour réorienter les ressources là où le capital humain se gagne le plus vite.

Sources

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